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« Kadifekale ». Un nom devenu mythe. Presque six mois que l’idée avait été lancée avec Guillaume, mon comparse erasmus. Ah, des messages, il y en a eu. Des appels également, des programmes. Et puis, au dernier moment souvent, un changement, une fatigue, une « révision ».

Et enfin hier, lundi 10  juin 2013, le calendrier pressant –départ de Guillaume le 22 juin–, nous nous sommes attelés à cette fameuse ascension.  « Kadifekale » –forteresse d’Alexandre le Grand– surplombe effectivement Izmir, permettant une vue imprenable sur la mégalopole smyrniote. Si ce panorama nous a été maintes fois recommandé, le quartier lui, nous a été vivement déconseillé par la majorité des Turcs. « N’allez pas là, c’est dangereux ». En fait, le flanc de colline est occupé par un vaste ensemble populaire, kurde en majorité, dont la publicité n’est pas bonne. Ce qui est finalement assez drôle car aucun des Turcs nous l’ayant déconseillé n’y a jamais mis les pieds.

Ma curiosité attisée par ce « no man’s land », je me doutais bien qu’il y avait pas mal de préjugés là-dedans. Et finalement, le déclic sera venu de François, le Français, travaillant à l’institut de notre chère patrie, et qui s’était lancé quelques mois auparavant dans cette « périlleuse » ballade, le pire qu’il ait connu étant une partie de foot avec les jeunes du quartier. D’autres échos des colloc’ turcs de Guillaume finirent ensuite de lever définitivement nos craintes.

Et nous voilà donc lancés dans cette escalade, après un rendez-vous à l’Agora –l’un des sites antiques majeurs du globe, malheureusement en rénovation. À ce niveau, il me faut ajouter que nous n’étions pas seuls dans cette excursion, et que deux amies Erasmus de Guillaume, Christina, une Allemande, et Liza, une Hollandaise, nous ont rejoint. Les connaissant un peu, ce que je redoutais, mais qui ne m’étonna donc pas, arriva et je vis Guillaume entouré de ces deux blondes arriver en mini-shorts, courts, très courts, à peine plus bas que les fesses. En France, elles ne seraient pas passées inaperçues, en Turquie encore moins, mais alors à Kadifekale, elles détonnaient au plus haut point. Je comprends la chaleur mais dans un quartier aussi traditionnel, musulman à forte tendance conservatrice, j’aurais attendu d’elles un peu plus de discernement. Je comprends qu’il soit lassant pour les filles de devoir s’habiller selon le regard des hommes mais il y a sans aucun doute un juste-milieu. Si je ne craignais en rien l’ascension pour nous deux garçons, les filles nous ont mis, elles, dans une position peu évidente. Les klaxons, les regards, ou les sifflements, ont largement émaillé le trajet. Évidemment, à part peut-être Guillaume qui pourrait être assimilé à un Turc, nous aurions été dans tous les cas marqués du fer de « touriste » et n’aurions pu échapper aux « Hello, money » de la foule d’enfants nous tournant autour. Mais seul avec Guillaume, nous aurions peut-être pu arpenter les petites ruelles pleines de maisons colorées là où nous avons, sans hésiter, opté pour les axes majeurs.

Rien de très grave non plus, et le trajet s’est passé sans réel encombre, mais la situation a contribué à mon désarroi de « touriste ». Et tous ces enfants crapahutant à nos abords, nous poursuivant au-delà même de leur quartier, dans un mélange de curiosité enfantine et d’attraction pour nos indiscutablement riches porte-monnaies d’Européens, ont encore renforcé ce désappointement. Alors certes, la vue était magnifique, mais le « château de velours » n’avait rien de bien fameux, et surtout finalement quel réel intérêt ? Je veux dire que depuis plusieurs années déjà, le « tourisme de base » me déplaît mais ici encore plus, ce « safari » urbain m’a laissé amer. C’était aller au zoo, où nous étions aussi bien voyeurs que bêtes de foires. Sans échange, sans contact sur place, c’est aller au musée pour voir et remplir notre avide rétine. Le tourisme ne me pose pas de problème dans les lieux dédiés mais ici, je n’avais même pas envie de déclencher mon appareil photo.

D’ailleurs, les collocs’ de Guillaume avaient plutôt déconseillés de trop rentrer en contact sur place, avec les enfants notamment, qui nécessairement demanderaient de l’argent. Et au départ nous sommes donc restés muets face à leur « Hello ». Et puis au bout d’un moment, sachant que j’ai des bases de turc, irrité d’être dans cette caricature du touriste hautain et distant, nous leur avons répondu par des « merhaba » ou autre « nasılsın ». Et les enfants de nous demander « Italien ? », « Non, Français », « Ah football ? Ribéry ? ». Ils ont bien fini par nous réclamer de l’argent –ce à quoi Guillaume a simplement répondu, en turc et avec le sourire, qu’il était étudiant et donc sans argent– mais on a au moins pu un instant déplacer leur curiosité, de l’étrange à l’échange.

C’est resté une promenade agréable, sous un grand soleil, avec une vue impressionnante donc, et on aura au moins dépassé le préjugé des Turcs nous enjoignant d’éviter la zone. Néanmoins, cette question du « tourisme » reste en suspens.

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ps : sur la première image, vu depuis l’Agora, le château est indiqué par le petit drapeau qui flotte au centre !

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L’île Mystérieuse, de Jules Verne, en bon roman d’aventures, m’a totalement captivé la semaine dernière. Voir comment quelques naufragés civilisent un morceau de terre, abandonné et inconnu de tous, est toujours savoureux. 

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