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« PAF ». La main lourde et velue s’abat sur mon dos. Mon corps, qui repose maladroitement sur ce banc de carrelage fin, encaisse avec quelques craintes pour la suite. Finalement ce sera la seule caricature de cette séance de « masaj » au « Hamam ». Excepté mon masseur bien sûr : petit, trapus, bedonnant et recouvert d’un épais pelage brun.

Depuis quelque temps déjà, Orhan, le copain de Seçil, souhaitait me faire découvrir cette tradition turque. Nos emplois du temps chargés se correspondant rarement, c’est finalement une semaine avant mon départ que nous nous rendons au traditionnel « Hamam » de Karantina, jeudi 27 juin 2013, veille de mon anniversaire donc. Cadeau des plus originaux, c’est la suite logique de l’année précédente, le barbier pour mes 25 ans, le bain de vapeurs pour mes 26.

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Quartier à l’opposé de chez moi, Karantina tire son nom d’une île adjacente, ex-quarantaine pour les navires accostant. Après avoir « hang-around » avec Orhan tout au long de l’après-midi –restaurant & « köfte », limonade & palabres, garagiste volubile, « türk kahvesi », « business » griffonné et courses diverses–, nous pénétrons dans l’antre de ce lieu folklorique, peu après 19 heures. Direction les cabines vestiaires, où l’on troque ses vêtements contre un pagne. Orhan pousse ensuite une petite porte dorée, et nous voilà sous la douche, adjacente à la zone de massage. La température a déjà largement augmenté, sas de décompression vers l’épicentre, où nous nous aventurons ensuite. Suffocante, la salle est belle, recouverte d’un dôme, percé de petites ouvertures, la lumière se frayant un chemin entre les denses vapeurs. Des petits bancs de pierres, tabourets même, autour de robinets, constituent la première étape, et le point de survie, où l’on peut largement s’asperger d’eau fraîche pour faire face à tout ce que les pores de la peau évacuent. Une fois le premier choc thermique passé, on peut se laisser aller à s’allonger sur la dalle centrale, la coupelle du robinet servant également de repose-tête. Les sensations commencent à être agréables, le corps, suintant, se relâche, ramolli, mais progressivement désintoxiqué. Quand l’atmosphère devient trop irrespirable, un saut dans la piscine fraîche voisine remet les idées en place, et on peut alors s’offrir une seconde séance dans l’étuve. Quelques minutes encore, et nous repassons vers les douches, interpellés par les masseurs, maintenant disponibles. Orhan leur fait un petit message préventif, les inclinant à être prévoyants envers mon fragile corps d’étranger, tout en se marrant de me voir dans leurs mains, me demandant si je préfère finir en un ou sept morceaux. Le pagne dénoué, masquant modestement l’entrejambe, s’ensuit une série de soins variés, dont cette fameuse claque donc, sur le ventre et sur le dos. Les bras en croix, on nous fait également craquer le dos, et le corps est ensuite vivifié à base de gant râpeux, de pressions manuelles, et d’une poire géante pleine de savon. Entrecoupé d’une douche, les masseurs s’activent une dizaine de minutes et finissent par nous laver le corps. Un poil déroutant, mais tout ceci complète bien le ramollissement précédent, et après une dernière limonade pour se réhydrater, on sort dans la fraîcheur du début de soirée totalement apaisé.

Malgré ce récit « gay-friendly », le « Hamam » est un lieu totalement viril, où les sexes ne se mélangent évidemment pas, hommes et femmes bénéficiant d’horaires séparés. Assidûment fréquenté par les travailleurs à la sortie du boulot, le « Hamam » constitue une tradition encore bien vivace, et une belle découverte, ravissant  un peu plus mon « tourisme local ».

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