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Le 28, j’ai eu 26 donc. Une page se tourne. Avec mon projet turc comme transition. Étape fondamentale qui m’aura permis d’avancer encore un peu vers mes intérêts graphiques et professionnels. Sans compter la construction de ma personne.

Mais ce n’est pas du tout de ça dont je veux vous parler ici, non. Je souhaite revenir sur le forfait de ce frippon de teuton de Ditscherlein –Matthias quoi. C’est bien la première fois qu’on me faisait une telle surprise. Quelque peu écornée par une gaffe de Sezen, je m’étais imaginé la chose sans vraiment trop y croire, me semblant irréalisable.

Le coquin a en effet organisé pour mon anniversaire une petite sauterie, avec ses amis de la mairie, et les miens désormais, mais également, à mon insu, convié toute la clique de l’asso’, soit Sezen, Açelya, Seçil et Kenan, comme décrit dans mon post précédent. Pas rassasié par cette petite cachotterie, le bougre a également réalisé « l’identité visuelle » de l’événement, avec mon avatar placardé un peu partout dans l’appartement, sans compter quelques exemplaires supplémentaires dans la rue, de la station à la maison, et des mascottes, statuettes de carton, trônant dans le salon. Il ne faut pas omettre non plus les ballons, d’hélium, et de rouge, et le gâteau à mon nom. Bref une fête complète, et vraiment touchante, belle conclusion de ces mois turques, et de cette amitié franco-allemande. Dankeschön Herr Ditscherlein !

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J’ai pris de l’âge, 26 balais. Matthias, le fameux teuton, m’a d’ailleurs organisé une belle « suprise-party » où j’ai retrouvé bien étonné Seçil, Sezen, Açelya et Kenan –membre du groupe d’Açelya. J’ai réalisé ma première sérigraphie de A à Z, ou plutôt nous avons, formant avec mon binôme graphique Mustafa une équipe de choc. 33 sacs, 21 t-shirts et une quarantaine de papiers à « gevrek » pour l’association ! Je continue de profiter du soleil extrême pour visiter les plages alentours. Özdere la semaine dernière avec les jeunes de l’atelier, Çesme quelques temps plutôt avec les comparses Erasmus. Occasion de goûter aux joies de l’autostop, 2 jeunes filles à l’aller, un chaleureux camionneur au retour. Nous avons réalisé le dernier mur de l’association, le long de la mer et des palmiers. Nous avons failli être stoppé dans notre élan mais avons finalement achevé notre œuvre après négociation et gardien conciliant. J’ai découvert la trappe d’accès au toit de mon immeuble –de belles photos en perspective. Je bois du vin de « Kayra ». J’ai assisté à ma première fête la musique turque. Organisée par l’Institut Français d’Izmir, il était agréable d’entendre le « Kordon » raisonner d’hymnes francophones. Je déguste de juteux « kavun », bâtard de la pastèque et du melon, à la chair blanche, parfait équilibre de fraîcheur et de sucre. J’ai offert un set Hi-Fi complet à Seçil, avec platine de disque et enceintes conséquentes, le tout pour 25 TL, 10 euros, au marché aux puces –sa joie n’était pas feinte et ses larmes réelles. Je me délecte de petits-déjeuners complets sur le balcon, dans la fraîcheur encore acceptable du début de matinée, parfois accompagné du crachotis du diamant sur les sillons vinyliques. J’ai peint un mur totalement improvisé sur la terrasse de l’école d’Art de Mustafa. Bombes sponsorisées par l’université, évidemment. Je fais des crêpes à tout-va. Je continue de me mitonner de bons petits plats. Je me fais régulièrement complimenter sur ma barbe, parfois interrogé sur la mosquée que je fréquente. On m’a d’ailleurs offert beaucoup de t-shirts pour mon anniversaire, dont un fameux, barbu, par les jeunes de l’Atölye. Et il me reste une semaine pour tout boucler. Alors « Görüsürüz arkadaşlar », à bientôt les amis.

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 Vénus Noire, de Abdellatif Kechiche, est un film au sujet fort mais peu évident à regarder. Histoire de la “Venus Hottentote” , bête de foire du XIXe siècle, il faut s’accrocher pour visionner le calvaire de cette malheureuse femme noire.

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« PAF ». La main lourde et velue s’abat sur mon dos. Mon corps, qui repose maladroitement sur ce banc de carrelage fin, encaisse avec quelques craintes pour la suite. Finalement ce sera la seule caricature de cette séance de « masaj » au « Hamam ». Excepté mon masseur bien sûr : petit, trapus, bedonnant et recouvert d’un épais pelage brun.

Depuis quelque temps déjà, Orhan, le copain de Seçil, souhaitait me faire découvrir cette tradition turque. Nos emplois du temps chargés se correspondant rarement, c’est finalement une semaine avant mon départ que nous nous rendons au traditionnel « Hamam » de Karantina, jeudi 27 juin 2013, veille de mon anniversaire donc. Cadeau des plus originaux, c’est la suite logique de l’année précédente, le barbier pour mes 25 ans, le bain de vapeurs pour mes 26.

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Quartier à l’opposé de chez moi, Karantina tire son nom d’une île adjacente, ex-quarantaine pour les navires accostant. Après avoir « hang-around » avec Orhan tout au long de l’après-midi –restaurant & « köfte », limonade & palabres, garagiste volubile, « türk kahvesi », « business » griffonné et courses diverses–, nous pénétrons dans l’antre de ce lieu folklorique, peu après 19 heures. Direction les cabines vestiaires, où l’on troque ses vêtements contre un pagne. Orhan pousse ensuite une petite porte dorée, et nous voilà sous la douche, adjacente à la zone de massage. La température a déjà largement augmenté, sas de décompression vers l’épicentre, où nous nous aventurons ensuite. Suffocante, la salle est belle, recouverte d’un dôme, percé de petites ouvertures, la lumière se frayant un chemin entre les denses vapeurs. Des petits bancs de pierres, tabourets même, autour de robinets, constituent la première étape, et le point de survie, où l’on peut largement s’asperger d’eau fraîche pour faire face à tout ce que les pores de la peau évacuent. Une fois le premier choc thermique passé, on peut se laisser aller à s’allonger sur la dalle centrale, la coupelle du robinet servant également de repose-tête. Les sensations commencent à être agréables, le corps, suintant, se relâche, ramolli, mais progressivement désintoxiqué. Quand l’atmosphère devient trop irrespirable, un saut dans la piscine fraîche voisine remet les idées en place, et on peut alors s’offrir une seconde séance dans l’étuve. Quelques minutes encore, et nous repassons vers les douches, interpellés par les masseurs, maintenant disponibles. Orhan leur fait un petit message préventif, les inclinant à être prévoyants envers mon fragile corps d’étranger, tout en se marrant de me voir dans leurs mains, me demandant si je préfère finir en un ou sept morceaux. Le pagne dénoué, masquant modestement l’entrejambe, s’ensuit une série de soins variés, dont cette fameuse claque donc, sur le ventre et sur le dos. Les bras en croix, on nous fait également craquer le dos, et le corps est ensuite vivifié à base de gant râpeux, de pressions manuelles, et d’une poire géante pleine de savon. Entrecoupé d’une douche, les masseurs s’activent une dizaine de minutes et finissent par nous laver le corps. Un poil déroutant, mais tout ceci complète bien le ramollissement précédent, et après une dernière limonade pour se réhydrater, on sort dans la fraîcheur du début de soirée totalement apaisé.

Malgré ce récit « gay-friendly », le « Hamam » est un lieu totalement viril, où les sexes ne se mélangent évidemment pas, hommes et femmes bénéficiant d’horaires séparés. Assidûment fréquenté par les travailleurs à la sortie du boulot, le « Hamam » constitue une tradition encore bien vivace, et une belle découverte, ravissant  un peu plus mon « tourisme local ».

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Avant mon SVE, je pensais que j’explorerais la Turquie en large et en travers. Je me voyais déjà barouder avec mon sac à dos sur les épaules, le teint hâlé et les vêtements poussiéreux. Et puis la vie ici est bien remplie, et chaque voyage, c’est du temps, de l’énergie et de l’argent. Après avoir fait Istanbul et Ankara, Éphèse également, j’en suis donc resté aux nombreuses petites villes côtières environnantes –Foça, Çesme, Kuşadası, Özdere… Autant de plages charmantes mais toutes plus ou moins semblables. Il était alors indispensable pour moi, avant la fin de mon « aventurque », d’avoir un aperçu de l’autre Turquie. Et Gaziantep, fourmillant de volontaires pouvant nous héberger, en serait un bon exemple.

Situé à l’extrême Sud Est du pays, à la frontière syrienne, j’avais souvent entendu parler de ces terres par Serkan, mon coordinateur, et Hamza, tous deux originaires de cette ville aride et carnivore –on y mange de la viande à toute heure, petit-déjeuner compris. Car, si Izmir est une ville plaisante, et dont le choix me satisfait pleinement, elle reste très peu représentative, beaucoup plus libérée que la plupart de ses consœurs.

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Et nous nous sommes ainsi envolés ce mardi 11 juin 2013 avec « mein liebes Freund Matthias », pour un court et intense séjour. Chaleur de plomb, ici la mer est absente et vous le fait ressentir dès les premiers pas sur le tarmac. Direction le centre-ville, avec la compagnie privée Havas et ses liasions à 10 TL. Juste l’occasion pour Matthias de se faire un nouvel ami, étudiant turc vantant les spécialités culinaires de la région. On notera d’ailleurs au fur et à mesure des discussions qu’à la question « que voir à Gaziantep ? », la réponse commune dérive sur manger des « Baklava » et autres « Patlıcan Kebapı ». S’ensuit un agréable déjeuner sur la terrasse de la « Geget house », le repaire de nos collègues volontaires. Qui ne reçoivent pas d’argent pour leur repas mais ont en contrepartie une cuisinière attitrée dont nous bénéficions également, avec plaisir. Les filles nous font découvrir le centre, dont le classique « Atatürk Bulavarı » n’a rien à envier aux horribles rues post-modernes de notre ville. Le temps pour Matthias de se faire encore un nouvel ami, turc d’une quarantaine d’années, dont on se méfie aux premiers abords, mais qui s’avère finalement sympathique, voulant simplement pratiquer son anglais aux côtés d’étrangers. Les quartiers arméniens, petit San Francisco par son dénivelé, et du vieux bazar, aux architectures traditionnelles, en vieille pierre claire, sont tout à fait charmants. Un crochet par l’Antiquaire pour tomber sur une merveilleuse copie à 5 TL d’une histoire tout aussi inédite qu’invraisemblable de Tintin. En turc, bien entendu. Et de croiser également un autochtone, balbutiant quelques mots italiens à notre amie de la « botte », invitation faite pour le soir-même dans un bar recevant un duo de musique traditionnelle. Nous continuons d’arpenter le bazar, seul avec Matthias, et de nous poser au hasard dans un agréable salon de thé, qui s’avère finalement être une des adresses recommandées par Serkan. Une partie de « tavla » –version locale du « backgamon »– et une victoire plus tard, nous faisons une escale à l’appartement des filles. À nouveau repas gratuit, puis bière et concert, comme prévu. Fatigue mais plaisir.

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Pas le temps pour un vrai repos, car le réveil sonne tôt, si l’on veut accéder au « Pit Pazarı », le marché aux puces, qui ferment ses portes à 11h. Malgré l’adresse indiquée par Müslim, le quarantenaire turc de la veille, trouver le marché n’est pas une mince affaire. Les indications des passants pointent à peu près toutes les directions possibles, mais après une heure d’errance, nous approchons. On s’éloigne du centre, on ne passe pas inaperçus, nous les touristes, sachant que de manière générale il n’y a pas de « yabancı » à Gaziantep, et nous détonnons bien ici, Barberousse et Teutoner. Nous nous enfilons tout un tas d’échoppes assez chouettes à voir, dont la moitié occupe le trottoir. Fabricants de chaises, de métal, de bois et de tous un tas d’autres artisanats.  Nous pénétrons enfin dans ce genre d’Emmaüs, dont on fait vite le tour, entre vieilles télévisions et canapés usés. Le temps d’une photo. Qui se transforme en invitation à boire le thé. Dans une échoppe minuscule au sein même du hangar. Et toute une discussion en turque, dont la moitié facilement nous échappe. Jusqu’à nous faire délogés d’un simple regard par deux « vieillards », habitués à n’en pas douter, qui ne nous laissent pas d’autre choix que de se lever prestement. Matinée séduisante. Ce genre de tourisme est excitant.

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Mais la journée est loin d’être finie. Après un petit déjeuner, à midi, sur le « banc de l’église », il nous faut encore crapahuter une bonne heure, à nouveau en tout sens, pour trouver le célèbre, et pourtant inconnu, Musée de Mosaïque. Ça valait le détour. Retour un peu fatigué. Tentative d’une prise de photo des rails locaux. Interdiction formelle et criée par des agents en station. Nous nous écroulons finalement à la maison vers 17 heures, pour une sieste méritée. Ah, nous avons auparavant pu goûté un « Lahmacun », déjà essayé à Izmir, mais ici à nouveau recommandé par Serkan. Et acheter 5 boites de « Baklava », ces feuilletés aux pistaches et au miel, qui font la réputation de « Antep ». Nous dînons ensuite tranquillement au siège de l’association, après une cuisine à 8 mains. Soirée cinéma. Rétroprojection de « La piel que habito », découverte d’Almodóvar, par ce film choquant, voire écœurant, mais qu’on ne peut indiscutablement pas qualifier de mauvais. Un peur d’air frais sur la terrasse pour se requinquer et coucher pas trop tardif, bien que les minuits aient déjà sonné.

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Déjà le dernier jour, et après avoir pas mal tourné dans la ville, nous décidons de partir en excursion. Les filles sont habituées à voyager tous les week-ends en auto-stop, et nous invitent à les imiter. Nous rejoignons donc l’autoroute, à une vingtaine de minutes de l’appartement, et nous lançons, en plein cagnard, dans cette aventure douteuse. Je ne sais pas si c’est parce qu’on était en semaine, ou de sexe masculin, mais la pratique semble peu répandue ici. Finalement, une première voiture s’arrête mais ne va qu’à quelques kilomètres de là. Une seconde également. Enfin un camion pareillement, mais nous forçant un peu la main, nous escaladons donc le trépied de l’engin. Je ne suis pas convaincu mais le chauffeur appelle un ami, qui s’entretient ensuite avec Matthias. Je crois comprendre qu’il nous élabore un arrangement. Je doute. Et puis finalement sans bien tout comprendre, le camion s’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence et qui je vois derrière nous ? La première voiture, blanche, qui s’était arrêtée quelques minutes avant, quelques kilomètres plus tôt. L’homme, jovial, approchant de la quarantaine, nous dit qu’il va nous conduire à Rumkale, la destination, à quelques soixante kilomètres de là. Ce n’était aucunement son programme, mais il semble désœuvré pour la journée et se joint donc à nous. Parfait.

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Finalement, nous pouvons bien échangé sur l’ensemble du trajet, du moins autant que notre Turc nous le permet. Ce n’est pas toujours évident, et Ali, notre interlocuteur, corse la chose : après nous avoir expliqué des théories islamiques, il nous prie de reformuler, pour s’assurer qu’on a tout compris. Bon exercice au final. Et dont on se sort sans trop d’encombre ! Les vastes paysages sont impressionants, véritable « Far-East » turc, bordé de pistachiers, aux routes plus ou moins praticables. Quasi désertique, le terrain change de la région smyrniote. Les petits villages de torchis, les vieilles femmes voilées arpentant le chemin, ou les hommes à dos d’équidés, alimentent le fantasme oriental. Et nous arrivons finalement à ce lac, créé artificiellement, qui recouvre ainsi des villages, laissant seulement apercevoir, surgissant des abîmes, le minaret d’un autre temps. Pour apprécier ce drôle de panorama, il nous faut louer un « tekne », barque qui fait le « tour-istique » de la forteresse. Âpres négociations, les prix semblent difficiles à atténuer et nous embarquons finalement sans trop saisir à combien on en est arrivé. La traversée est assez magique, restes de villages donc,  et cavernes troglodytes, pour ensuite aborder la rive opposée. Petite ballade pour nous, agrémentée d’une glace, pour patienter pendant qu’Ali fait sa prière. Après cet apéritif, nous nous attablons à un bateau restaurant, à quai, qui nous sert un plat hétéroclite, à la braise, de poisson, poulet et viande de kebab. Le choix est ainsi plus simple, on picore de tout, composant nous-mêmes nos minis et variés sandwichs de galettes turques. Repus, le temps pour Ali, sous prétexte de toilettes, de régler la note à notre insue, et finalement de régaler pour la promenade en bateau, à 80 TL. Malgré notre insistance pour participer, gênés, il nous dira avoir « oublié le prix ». Vers 17 heures, nous repartons, en sens inverse, pour Gaziantep. Cette fois-ci, Matthias prend la place du mort, et alimente à son tour les conversations, émaillées de coup de fils à des amis pour nous trouver une version anglaise du « Küçük sözlük », textes interprétatifs du Coran, offert ce matin à l’aller. La métropole atteinte, nous atterrissons finalement dans une sorte de mosquée, avec Ali donc et quelques fidèles, autour d’un plat de cerises fraîches, le temps de mettre la main sur ces « sacrés » livrets. Chacune de nos déclarations est ponctuée de « Maşallah ». La rencontre se fait dans une douceur religieuse, nous déclinons cependant l’invitation à dîner, souhaitant profiter de notre dernière soirée avec les amis volontaires. Et Ali nous dépose à l’appartement, après des adieux très amicaux, et une pointe d’émotion.

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La tête pleine d’aventures, nous rejoignons les filles qui passent le début de soirée à l’internat, avec des jeunes en situation difficile, kurdes pour la majorité. Supers accueillants, on chante, danse et discute en tête-à-tête avec quelques-uns. C’est riche, même si ma concentration, entamée par la fatigue, empêche de profiter pleinement du moment. Nous rentrons ensuite à l’appart’, pour une « party » improvisée, après l’achat, fatal, d’un « dürüm » de poulet et de quelques bières. À nouveau, la fatigue et un début de lassitude me gagnent petit à petit, mais la longue soirée est drôle et animée. Le coucher à 3 heures passées annonce le lendemain difficile avec son lever à 7 heures, mais au moins, on en aura profité jusqu’au bout. Nous embarquons un peu plus tard, pour rentrer en terres connues, après un détour par Istanbul et une double sieste dans chacun des avions.

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Mon long récit s’achèverait ici, si ce n’est ce supplément rapporté de Gaziantep, grâce à ce très suspicieux « dürüm » évoqué plus haut, dont la journée d’exposition au soleil, le piment et les seulement 2,5 TL, ne nous auront pas épargné. En effet, si vendredi je me sentais un peu ballonné,  état assigné à la fatigue, j’ai passé la journée de samedi sur le trône, ou à dégobiller, opérant une purge complète de mon système digestif. Clou du spectacle, un événement facebook crée par mes soins quelques jours plus tôt, annonçait mes soirées de départ et d’anniversaire combinées ce samedi 15 juin, à 20 heures. Autant vous dire que j’ai connu des festivités plus heureuses. Pour (bien) achever le tout, la moitié des convives annoncés ne se sont pas présentés, pour des motifs variés, voire pas de motif. Bref je voyais mieux. Néanmoins, certaines sympathiques, et importantes, personnes étaient là et, après avoir rejeté tout ce que je pouvais de mon organisme, j’ai pu avoir quelques discussions fiévreuses mais agréables. Et quelques joyeux cadeaux. Carnets, t-shirts ou blaireau pour ma barbe !

Je ne regrette en tout cas pas ce voyage, où malgré ce sentiment d’étranger persistant, nous avons pu avoir un tourisme « local » bien plaisant. Prochaines et dernières étapes, Sparta et Antalya, la semaine prochaine si tout va bien, assurément moins dépaysant, mais des bons moments en perspectives, à nouveau chez des amis locaux.

ps: la quasi-totalité des photos est de Matthias !

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Deux nouveaux livres à mon actif. Les Choses, de Georges Pérec, roman matérialiste dont le sujet, un jeune couple se lançant dans la vie active, anticipe de quelques mois ma future installation parisienne. Descriptif minutieux, le livre, amer, fait largement réfléchir sur la vie qu’on souhaite établir. L’arrache-cœur  ensuite, de Boris Vian, totalement loufoque, est un joli condensé d’écriture créative. Désarçonnant au départ, on s’accroche finalement à l’histoire de cette mère outrancière, ne sachant pas très bien où elle s’arrêtera !

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« Kadifekale ». Un nom devenu mythe. Presque six mois que l’idée avait été lancée avec Guillaume, mon comparse erasmus. Ah, des messages, il y en a eu. Des appels également, des programmes. Et puis, au dernier moment souvent, un changement, une fatigue, une « révision ».

Et enfin hier, lundi 10  juin 2013, le calendrier pressant –départ de Guillaume le 22 juin–, nous nous sommes attelés à cette fameuse ascension.  « Kadifekale » –forteresse d’Alexandre le Grand– surplombe effectivement Izmir, permettant une vue imprenable sur la mégalopole smyrniote. Si ce panorama nous a été maintes fois recommandé, le quartier lui, nous a été vivement déconseillé par la majorité des Turcs. « N’allez pas là, c’est dangereux ». En fait, le flanc de colline est occupé par un vaste ensemble populaire, kurde en majorité, dont la publicité n’est pas bonne. Ce qui est finalement assez drôle car aucun des Turcs nous l’ayant déconseillé n’y a jamais mis les pieds.

Ma curiosité attisée par ce « no man’s land », je me doutais bien qu’il y avait pas mal de préjugés là-dedans. Et finalement, le déclic sera venu de François, le Français, travaillant à l’institut de notre chère patrie, et qui s’était lancé quelques mois auparavant dans cette « périlleuse » ballade, le pire qu’il ait connu étant une partie de foot avec les jeunes du quartier. D’autres échos des colloc’ turcs de Guillaume finirent ensuite de lever définitivement nos craintes.

Et nous voilà donc lancés dans cette escalade, après un rendez-vous à l’Agora –l’un des sites antiques majeurs du globe, malheureusement en rénovation. À ce niveau, il me faut ajouter que nous n’étions pas seuls dans cette excursion, et que deux amies Erasmus de Guillaume, Christina, une Allemande, et Liza, une Hollandaise, nous ont rejoint. Les connaissant un peu, ce que je redoutais, mais qui ne m’étonna donc pas, arriva et je vis Guillaume entouré de ces deux blondes arriver en mini-shorts, courts, très courts, à peine plus bas que les fesses. En France, elles ne seraient pas passées inaperçues, en Turquie encore moins, mais alors à Kadifekale, elles détonnaient au plus haut point. Je comprends la chaleur mais dans un quartier aussi traditionnel, musulman à forte tendance conservatrice, j’aurais attendu d’elles un peu plus de discernement. Je comprends qu’il soit lassant pour les filles de devoir s’habiller selon le regard des hommes mais il y a sans aucun doute un juste-milieu. Si je ne craignais en rien l’ascension pour nous deux garçons, les filles nous ont mis, elles, dans une position peu évidente. Les klaxons, les regards, ou les sifflements, ont largement émaillé le trajet. Évidemment, à part peut-être Guillaume qui pourrait être assimilé à un Turc, nous aurions été dans tous les cas marqués du fer de « touriste » et n’aurions pu échapper aux « Hello, money » de la foule d’enfants nous tournant autour. Mais seul avec Guillaume, nous aurions peut-être pu arpenter les petites ruelles pleines de maisons colorées là où nous avons, sans hésiter, opté pour les axes majeurs.

Rien de très grave non plus, et le trajet s’est passé sans réel encombre, mais la situation a contribué à mon désarroi de « touriste ». Et tous ces enfants crapahutant à nos abords, nous poursuivant au-delà même de leur quartier, dans un mélange de curiosité enfantine et d’attraction pour nos indiscutablement riches porte-monnaies d’Européens, ont encore renforcé ce désappointement. Alors certes, la vue était magnifique, mais le « château de velours » n’avait rien de bien fameux, et surtout finalement quel réel intérêt ? Je veux dire que depuis plusieurs années déjà, le « tourisme de base » me déplaît mais ici encore plus, ce « safari » urbain m’a laissé amer. C’était aller au zoo, où nous étions aussi bien voyeurs que bêtes de foires. Sans échange, sans contact sur place, c’est aller au musée pour voir et remplir notre avide rétine. Le tourisme ne me pose pas de problème dans les lieux dédiés mais ici, je n’avais même pas envie de déclencher mon appareil photo.

D’ailleurs, les collocs’ de Guillaume avaient plutôt déconseillés de trop rentrer en contact sur place, avec les enfants notamment, qui nécessairement demanderaient de l’argent. Et au départ nous sommes donc restés muets face à leur « Hello ». Et puis au bout d’un moment, sachant que j’ai des bases de turc, irrité d’être dans cette caricature du touriste hautain et distant, nous leur avons répondu par des « merhaba » ou autre « nasılsın ». Et les enfants de nous demander « Italien ? », « Non, Français », « Ah football ? Ribéry ? ». Ils ont bien fini par nous réclamer de l’argent –ce à quoi Guillaume a simplement répondu, en turc et avec le sourire, qu’il était étudiant et donc sans argent– mais on a au moins pu un instant déplacer leur curiosité, de l’étrange à l’échange.

C’est resté une promenade agréable, sous un grand soleil, avec une vue impressionnante donc, et on aura au moins dépassé le préjugé des Turcs nous enjoignant d’éviter la zone. Néanmoins, cette question du « tourisme » reste en suspens.

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ps : sur la première image, vu depuis l’Agora, le château est indiqué par le petit drapeau qui flotte au centre !

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L’île Mystérieuse, de Jules Verne, en bon roman d’aventures, m’a totalement captivé la semaine dernière. Voir comment quelques naufragés civilisent un morceau de terre, abandonné et inconnu de tous, est toujours savoureux. 

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Ce matin, j’aurais dû m’envoler pour Istanbul. Peindre un mur pour le « Sivil Sesler Festivali ». Sprays, billet d’avion, chambre d’hôtel, tout avait été prévu, et s’annonçait donc au mieux. Oui. Sauf qu’il restait un élément, un seul, difficile à anticiper : le soulèvement turc ! Le festival prenait effectivement place à Taksim, l’épicentre même de la « révolution ». Alors je sais bien que les événements en cours sont d’une envergure bien supérieure à mes coloriages, mais me voilà un peu déçu. « C’est sympa votre petite révolte les gars mais moi j’ai un mur à peindre hein ! », disais-je, avec le sourire évidemment, à quelques amis turcs. Cette petite escapade m’aurait fait du bien. À défaut, cela me permet donc de revenir sur le chambardement en cours.

Pour moi tout a commencé ce week-end par des sons. Je crois que je savais vaguement pour le « sit-in » dans le parc « Gezi » mais lorsque samedi soir à neuf heures se sont mis à raisonner, dans un tintamarre bruyant, couvercles, casseroles et cuillères, j’ai compris que toute cette histoire avait gagné Izmir. Au départ, j’avoue ne m’être senti qu’à moitié concerné, et vu les échos sur les violences policières, je ne voyais pas vraiment l’intérêt de se faire gazer pour une cause qui ne me concerne pas ! Pleutre, non, mais vraiment étranger à la situation. Et puis dimanche soir, le festival sonore a repris, mes voisins tambourinant de plus belle sur leurs batteries de cuisine, accompagnés par les klaxons, les cris et quelques rares explosions. Mes actualités facebook étaient pleines de photos et vidéos des affrontements, à Istanbul donc, mais également sur le « Kordon » –la jetée– à Alsancak, de l’autre côté de la rive. Mes contacts facebook, turcs mais également Erasmus ou volontaires, publiaient des photos d’eux « en pleine lutte ». Et petit à petit, j’ai eu le sentiment qu’il se passait un « truc de ouf » (oui c’est comme ça que je l’ai pensé) juste à côté, une sorte d’événement historique et, moi pendant ce temps-là je restais les fesses sur mon canapé. Ma curiosité, et puis une envie également de soutien à mes amis turcs, m’ont donc finalement conduit lundi soir de l’autre côté de la mer, pour donner un peu de ma voix.

En fait j’ai rejoint Alsancak depuis une autre station de ferry, et ai donc remonté à pied le long boulevard, m’imprégnant petit à petit de l’atmosphère chaotique qui grondait. Murs bombardés de slogans politiques, rondes de police, cris, quelques explosions, pour finalement tomber nez à nez avec une foule compacte, masquée pour la plupart, reprenant des forces pour la nuit de résistance à venir. Avant de me joindre aux troupes, j’ai d’abord retrouvé mes amis dans « Kıbrıs Şehitleri », grande rue commerçante d’Izmir, plus ou moins perpendiculaire à l’avenue occupée par les manifestants, qui, elle, ne semblait pas, au-delà de quelques tags, souffrir des événements, et les vendeurs continuaient comme toujours à vous alpaguer dans leurs échoppes diverses.

Nous avons ensuite rejoint le cortège, mon ami teuton, Matthias, m’a fait grâce d’un sifflet, ce qui était bien plus simple pour se faire entendre que de baragouiner des chants turcs ardus. Mon sac plein d’un ordinateur, un appareil photo et deux litres de jus de fruits ne m’a pas permis de sauter autant que je le voulais, mais l’ambiance était chaleureuse. La foule était diverse, on ne cesse de le répéter, mais il est assez réjouissant de voir jeunes, vieux, hommes, femmes, souriants et unis autour de cette même cause. Serkan, mon coordinateur de projet, avec qui j’ai rejoint la manifestation, me rappelait d’ailleurs que pour la première fois, les « ultras » de Göztepe et Karşıyaka, frères ennemis du ballon rond, se sont retrouvés pour la première fois, et c’est donc historique, coude à coude pour lutter ensemble. Pour ma part, lundi, je n’ai vu que pacifisme et joie communicative, l’évidence du plaisir de pouvoir enfin exprimer son désaccord –profond– avec le gouvernement. Mais  je sais que les jours précédents, et d’ailleurs les suivants également, la police était bien plus présente, avec charges, gaz et « panzers ».

Et c’est bien là d’ailleurs tout le départ de la contestation, explosant face à une répression policière outrancière. Tout le monde s’accorde sur les abus de pouvoirs du Premier Ministre et de son gouvernement, grisés par un pouvoir qui fait irrémédiablement tourner la tête. Ensuite, et c’est là que ça devient particulièrement intéressant, les avis divergent et révèlent la complexité de la situation. Recueillir différents témoignages turcs au fur et à mesure fut donc enrichissant. Pour les premiers, la lutte semblait évidente, avec l’espoir –peut-être utopiste– d’un renversement du gouvernement. Les publications facebook ou les chants vociférés avec rage ne laissaient pas de doute sur la volonté des manifestants. Des discussions avec Soner ont ensuite apporté un nouvel éclairage sur ces événements. Lui me disait qu’évidemment, il était en désaccord avec le gouvernement actuel, mais que la méthode violente ne lui semblait pas idéale, sachant d’autant plus que dans dix petits mois ont lieu les élections turques. Il est sûr que le peuple est sous pression depuis une dizaine d’année, cette goutte d’eau a fait déborder le vase, et il semble compliqué de demander à la foule en furie de prendre son mal en patience. Mais sa position raisonnée m’a interpellé. J’ai ensuite eu un troisième avis bien différent, même si rejetant toujours les abus de pouvoir. Orhan, pourtant impliqué dans le volontariat et le monde associatif, me rappelait qu’une bonne frange de la population –environ cinquante pourcents– était favorable à Erdoğan, et pas forcément à tort. Le Premier Ministre a réussi une remontée économique du pays assez spectaculaire, d’après Orhan, loin de l’inefficacité des gouvernements précédents. Et tout particulièrement en faveur des populations de l’Est, plus défavorisées. Or on sait justement que les manifestants sont globalement une classe beaucoup plus lettrée, jeune, « bourgeoise » et urbaine. Deux Turquies qui s’affronteraient alors.

Je sais, en tout cas, que la vie à Izmir, très urbaine et libérale, est loin d’être représentative du pays. Mon voyage la semaine prochaine à Gaziantep, à l’opposé du pays, m’apporteront peut-être des clés de lecture. Certains abus, d’un œil étranger, semblent en tout cas clairs. La presse, qui titrait sur la planète Mars et le sport, ne semble pas totalement libre, et la censure Internet est assez efficiente. Les violences policières également donc. Et la place donnée à la religion dans une démocratie laïque ne semble pas non plus évidente. Au delà de ces points identifiables, le problème me dépasse un peu. Et peut-être nous dépasse. Car l’attente des élections proposée par Soner risque d’aboutir, au mieux, au résultat français : remplacer un Sarkozy, par un Hollande, ce qui va dans le bon sens mais ne nous sort pas vraiment des problèmes, la gouvernance mondiale étant plus à chercher du côté des leaders économiques.

Mon seul espoir, plus égoïste, est maintenant de pouvoir poursuivre l’écriture de ce blog, il paraît que des étudiants émettant des twitters à l’encontre du gouvernement, ont été censurés, ou pis, arrêtés. À suivre donc, ou pas !

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En ce moment, les lectures abondent, et je découvre ainsi un pan de la littérature, crue, rythmée et très humaine,  que j’ignorais totalement. J’irai cracher sur vos tombes, de Boris Vian et  Le Postier, de Charles Bukowski sont bien déconnectés des événements,  bols d’air  trash,  haletants et qui se dévorent sans peine.

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Avec mon ami teuton, Matthias, nous nous somme attelés à la réalisation d’une petite vidéo retraçant le festival de musique organisé par l’association en avril !

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J’ai envie que ce blog soit le reflet complet de mon expérience. Si les moments heureux sont nombreux, et largement relatés ici, je voudrais laisser une trace de ma semaine dernière, plutôt nauséeuse. Point de détails abjects mais plutôt un état d’esprit. J’avais déjà ressenti après le festival de musique, et également les jours passés à Foça, une impression de fin de projet. Lassitude plus que « ras-le-bol », c’est l’impression « d’avoir fait le tour », l’envie de retrouver Alizée pour de vrai, de parler à nouveau français, de revoir les amis, la famille, une vie plus simple parce que dans ma langue et en terre connue. Et puis finalement les événements ont repris leurs cours et les jours ont continué de s’écouler. Enfin jusqu’à lundi dernier.

Alors que mon colocataire Fırat entamait la coupe de mes cheveux, ma tête s’est mise à tourner, la chaleur s’intensifier et mon esprit se troubler. Sans aller jusqu’à tomber dans les pommes, je n’ai pu me rétablir, malgré les pauses, et une visite finale à la polyclinique, histoire d’être sûr que rien ne clochait. Tension, pouls, toutes les fonctions vitales semblaient normalement en place mais mon corps, lui, imposait un repos forcé. Au vu des trois nuits de dix heures que j’ai ensuite enchaînées sans difficulté, je pense que la fatigue n’était pas étrangère à mon état. C’est étonnant pourtant, les seuls cas similaires auparavant étaient des situations de stress, chez certains médecins par exemple. Je ne pense pas que la coupe des cheveux m’est effrayée, il est possible par contre que je me sois mis, tout seul, une certaine pression quotidienne, qui a fini par « exploser ». Évidemment mon rythme est celui d’un volontaire, et ce n’est pas mes 11h-17h  qui vont me tuer, mais mon cerveau a, lui, tendance à être en constante ébullition, et ce, parfois, à tort et à travers. Je veux dire que j’ai tendance à penser chaque sujet pendant des heures, à tordre chaque idée dans tous les sens possibles, sans parler d’un constant souci de bien faire les choses, si ce n’est la peur de mal les faire. Bref, comme me le disait mon frère Manu, « tu te prends un peu trop ma tête ! ». Et je suis persuadé qu’il n’a pas tort, et que vivre un peu plus l’instant présent et sa spontanéité pourrait m’être bénéfique. Et puis même mes « temps morts » et week-ends sont mis à contribution pour avancer des projets personnels, « casse-tête » sans fin, car sans « deadline » fixe. Les projets de « l’Atölye » occupent également une place cérébrale non négligeable. Et finalement il m’apparaissait que ma vie ici, malgré ses horaires flexibles, est, de par son immersion permanente, non-stop, et donc éreintante aussi. Ma tête étant en plus coupée en deux, une moitié ici en Turquie, l’autre avec Alizée à Paris, ça fait beaucoup de choses à gérer.

Bref une sorte d’overdose passagère, rien de très grave, surtout qu’il me reste plein de projets chouettes à mettre en place, de la sérigraphie, un éventuel journal, des murs à peindre et encore quelques week-ends à l’atelier. Et le temps du retour n’est déjà plus très loin. Il me faut donc profiter à fond de ces instants présents que je regretterai sans doute à l’avenir, quoiqu’il soit question que je revienne sur des projets à court terme ! Tout en essayant de garder  un œil sur mon rythme de vie –ordinateur, sommeil, nourriture– afin de profiter pleinement de ces dernières semaines de projets.

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Néanmoins, j’ai quand même du temps pour me cultiver, et j’ai ainsi pu découvrir deux films de François Truffaut, Jules et Jim, et les 400 coups, qui, sans en être complètement fans, sont  assez captivants.

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Samedi, mon statut de français, du moins de « touriste », m’est revenu en pleine face. Comme souvent lorsque je suis à l’atelier, je me suis rendu dans un petit « lokanta » –restaurant– de poisson, à quelques dizaines de mètres de nos locaux. C’est loin d’être la première fois que j’y vais, mais avec le festival et toutes les autres activités, ça faisait un bon moment qu’ils ne m’avaient pas vu.

Bref, là-bas, pour quelques « liras », on peut obtenir un gros sandwich de sardine frite, largement accompagné d’oignons et autres verdures. « Réceptionné » par un jeune que je ne connaissais pas, je passe ma commande, et m’assois quelques minutes, le temps que la cuisine s’affaire. Vient ensuite le temps de passer en caisse. Ayant demandé au jeune le prix, quatre lires, je tends donc mon billet de cinq, attendant le retour de monnaie. Le tenancier me regarde étonné, « et bien voilà le ticket de caisse, qu’est-ce que tu attends ? ». « Eu, le prix, c’est quatre lires ! ». « Ah non c’est cinq ». « Ah non, le jeune m’a dit quatre ». « Oui, oui, je lui ai dit quatre ». « Ah oui pardon, bien sur, c’est quatre lires. Voilà, voilà. ».

Je ne sais pas s’il m’avait vu un peu balbutier en turc lors de la commande, mais en tout cas ma tête trahit rapidement mon statut d’étranger. Je ne suis pas totalement étonné de ce comportement, à Paris, si des chinois commandent un kebab, je ne suis pas sûr qu’ils s’en sortent à bon compte, et même cinq lires, soit environ deux euros, pour le sandwich que c’est, ça reste un prix avantageux. Mais tout de même, surtout par rapport à moi qui ne suis pas touriste ici, qui essaye de m’intégrer au mieux depuis quatre mois –et qui suis d’ailleurs bien aidé pour ça par un tas d’autres turcs–, l’impression est désagréable. Ce genre de situations n’est pas courante, à moins que je l’ignore simplement, mais en tout cas, la semaine prochaine, je ne redemanderai pas le prix et lui tendrai mes quatre lires, à prendre ou à laisser. J’ai assez de turc pour lui expliquer la situation, et s’il n’est pas content, je trouverai une autre gargote, ce n’est pas ce qui manque ici !